ENTRETIEN AVEC GÜLSEREN POUR LA REVUE OLUSUM / GENESE
N°73 - Août 2001
propos recueillis par M. Murat V. ERPUYAN pour Ataturquie
Quelques extraits...
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Gülseren,
pouvez-vous résumer en quelques mots votre vie depuis votre naissance ? Je suis née à Istanbul en 1973. Je suis arrivée avec ma famille à Paris en 1980. Tout en continuant mon année universitaire à l'INALCO, j'ai suivi des cours au conservatoire de chant lyrique à Paris. Pour ma culture personnelle il était important de connaître les grands compositeurs classiques autres que turcs, cela m'a également permis d'apprendre les bases techniques afin de pouvoir progresser avec les différents groupes avec lesquels je travaillais déjà. |
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Grâce à ces groupes, j'ai pu faire de très belles rencontres comme Georges Moustaki, Michel Montanaro. Ils m'ont permis de voyager en Europe et de représenter le chant turc. J'ai également eu la chance de pouvoir chanter pendant 3 ans, tous les soirs, aux Trois Mailletz, un cabaret parisien, carrefour des musiciens de la capitale. J'y ai enrichi mon expérience de la scène. Vous
êtes française ? Turque ? Citoyen du monde ? Je suis française d'origine turque mais je me sens surtout citoyenne du monde. Votre
langue ? Justement, je me sens à l'aise dans les 2 langues ainsi que dans les deux pays. Ayant fait toute ma scolarité en France, j'ai suivi des cours de turc pour ne pas oublier ma langue et surtout d'où je viens. Cela m'a permis par la suite de pouvoir l'enseigner à des enfants.
Et
votre musique ? Avez-vous une description à nous livrer ? Est-elle issue du métissage
que vous avez vécu dans votre existence ? Ma musique se nourrit d'une expérience humaine et culturelle, c'est pourquoi j'ai decidé de faire de mon album, un album d'ouverture ; où le turc, l'espagnol, le français et l'anglais se cotoient. En effet, les influences et les musiques telles que le "Türk sanat müzigi", le "türkü", la "pop"et "l'arabesque" aussi bien que le rock, la techno, et le groove se mêlent et se rencontrent. Certains titres symbolisent des moments forts de ma vie, tel que "Deprem" que j'ai écrit suite au tremblement de terre en Turquie en 1999, un événement qui a été un traumatisme pour ma famille. L'introduction de l'album "Sarabande" de Haendel est dedié à mon professeur français qui m'a poussée et encouragée à etudier le chant classique. Je
suis l'aînée de 3 soeurs et d'un petit frere, pour eux j'ai ecrit "Günler
Aylar", chanson dans laquelle j'exprime la volonté de vivre et de s'en
sortir. Je parle ici de garder son integrite, de rester soi-même. Vos
musiciens sont d'origines diverses, pourquoi ? Effectivement, lorsque nous nous produisons sur scène, mes musiciens sont d'origines diverses (brésilien, canadien, israélien, arménien, français, colombien, africain). La plupart de ces musiciens sont des rencontres. Il est intéressant de travailler avec des professionnels capables d'apporter chacun leur richesse, leur originalité. En effet, le métissage ou le mélange sont des notions importantes dans notre projet. Lorsque mon mari et moi avons composé nos morceaux nous avons apporté chacun notre savoir et la frontière des genres musicaux n'existait plus ! Dans
quelle langue vous sentez-vous le plus à l'aise pour chanter ? En turc, parce que ce sont souvent mes textes et parce qu'il est plus facile pour moi d'écrire des chansons en turc. Curieux
! Je suis persuadé que vous maîtrisez mieux le français mais vous chantez en
turc. C'est un peu comme Nedim Gürsel qui écrit ses œuvres littéraires
en turc alors qu'il écrit en français ses recherches, ses articles. Comment
expliquez vous votre affirmation “ c'est plus facile pour moi ” ? Y-a-t-il
une explication cartésienne ? Peut-être parce que Nedim Gürsel a été mon professeur à l'INALCO pendant un bon moment... Non, je plaisante, il n'y est pour rien ! Je trouve tout simplement que la langue turque est plus chantante que la langue française. Elle est surtout plus mélodieuse. C'est mon avis, c'est un choix. Il y a des langues comme ça, qui sont plus chantantes que d'autres. Si vous me demandez de choisir par exemple entre un chant italien et un chant allemand je vais sans hésiter choisir l'italien, mais cela ne veut pas dire que je n'aime pas le chant allemand (surtout que le texte de la "Reine de la nuit" est en allemand !) Pour moi la chanson française est surtout intéressante dans la richesse du texte. Regardez Edith Piaf, Jacques Brel ou bien Georges Brassens, ils sont très forts dans les chansons à texte ! Ceci dit, il y a de très jolies ballades aussi en français et je suis d'ailleurs en train d'en préparer pour mon deuxième album... Surprise ! Dans
la musique populaire turque, plus précisément dans la tradition des asik
(troubadours), le texte est capital. Qu’en pensez-vous ? Les asik
font-ils partie de vos sources d’inspiration ? Et puis pour ce qui
n’ont pas encore écouté vos chansons, pouvez-vous préciser les thèmes
principaux de vos textes ? Forcément je m'inspire de toutes ces richesses mais je ne me focalise pas sur tel ou tel style. Dans mes années universitaires j'ai fait un exposé sur les origines de la musique turque et évidemment dans ma musique, mon phrasé, dans ma façon de chanter je m'inspire de ma culture turque ainsi que dans la rédaction de mes textes. L'inspiration, je la puise dans mon vécu et dans mon imaginaire. Pour l'écriture je ne cherche pas à faire des effets de styles particuliers. Je préfère utiliser des mots simples mais qui composent une harmonie poétique agréable à écouter et à chanter. Mes chansons traitent des relations humaines "Yalanci", "Sensizim" ou bien "Sev beni", de la fête "Oyna" et "Habibi", des enfants et du rêve "Rüya" et de la nostalgie comme "Ayrilik" et "Bitsin". Je vous invite à lire le livret de l'album où chaque chanson y est accompagnée d'un commentaire. Regrettez-vous
le choix de vos parents d'avoir émigré en France ? Pas du tout, je suis fière de pouvoir hériter des cultures turques et françaises, elles sont un énorme atout, pour mon métier et pour l'esprit. Citez-moi
trois mots qui représentent la France et trois mots qui représentent la
Turquie pour vous. Pour la France et la Turquie : Accueil, Art et Savoir Citez-moi
trois personnages qui représentent la France puis trois personnages qui représentent
la Turquie. Guy de Maupassant, Van Gogh, Jacques Brel Orhan Veli, Komet, Sezen Aksu Un
proverbe ou un dicton français et/ou turc que vous utilisez fréquemment ? La Liberté n'est pas de faire ce qu'on veut, mais de vouloir ce qu'on fait. Ne ekersen onu biçersin ! (on récolte ce qu'on sème) Et
vos projets ? Des projets... j'en ai toujours eu mais il faut trouver la ou les bonnes personnes avec qui les réaliser ! Petit à petit, nous réalisons nos projets. Déjà nous venons de sortir, après 3 ans de travail et en auto-production, c'est dire sans l'aide d'aucune grande maison de disques, mon premier album solo et nous souhaitons longue vie à ces chansons. Beaucoup de gens, aussi bien en Turquie qu'ici, m'ont fait des propositions qui ne me correspondaient pas. Mon but n'était pas de devenir une artiste "kleenex". Ce milieu est très délicat, il faut faire attention où vous mettez les pieds ! Les maisons de disques voulaient faire un coup marketing, tout simplement. Mais je ne veux pas faire une carrière éphémère. Je pense qu'un artiste ne doit pas brûler les étapes. C'est long mais il faut savoir être patient. Ce n'est que comme cela que l'on peut cueillir les fruits de ses efforts. |
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